dimanche 20 mars 2011

Episode 18

18.



Jean Lanterne est ravi de nous revoir. Évidemment, je plaisante, puisque le gros barbu a comme toute première intention, le projet de nous foutre dehors sans ménagements, mais comme il porte encore au visage les marques de notre dernier passage, il réfléchit. Et il est bien visible que cette réflexion lui est douloureuse. Il s'essaye alors à la modération : "Ma femme est défaite, vous pourriez respecter notre douleur." Pour toute réponse, Michel le bouscule d'un bon coup d'épaule et nous entrons dans le salon où Claire, les yeux rougis semble nous attendre. Contrairement à son mari, elle ne se montre pas hostile et s'excuse même de ne rien nous offrir. Encore une fois je suis fasciné par son regard, même si aujourd'hui ses yeux n'ont pas leur éclat habituel. Elle nous affronte direct : «  Vous l'avez vue ? » Je sais qu'elle veut parler d’Aurélie, pourtant Michel demande : « Pauline ? ». Une tentative maladroite pour réorienter la discussion, tout en repoussant ce voile de mort qui pèse sur la pièce. Tentative ratée puisque la mère se remet à pleurer, tandis que le géant y va d'un courageux : «  Qu'il est con ce type ! » qui curieusement crée parmi nous, une espèce de familiarité encore impensable il y a quelques minutes. J'explique que nous sommes toujours à la recherche de Pauline. « Elle est vivante ? » Claire a crié, et pendant l'espace d'une seconde, son regard a retrouvé son intensité.
  • Nous espérons bien la retrouver, oui, et c'est pourquoi nous avons besoin de vous. Aurélie avait récupéré des photos et un carnet, qui ont malheureusement disparu. Vous n'auriez rien qui puisse nous être utile, par hasard ?
Le gros secoue négativement la tête, mais Claire se lève pour aller fouiller dans le grand meuble qui trône contre le mur opposé de la pièce. Elle en rapporte un bel album photos en nous invitant à venir nous assoir près d'elle. Bien calé contre elle, je ressens sa chaleur et m'en trouve tout troublé. Croiser son regard va m'achever quand Michel demande à Jean d'aller nous chercher à boire : « Avec ton bide, se serait bien le diable qu'il n'y ai pas des bières au frigo. » Le type part à la cuisine sans rechigner. Attitude pleine de dignité pour protéger sa femme, j'imagine. Finalement, il est bien ce mec. « Voilà Pauline. Avec Thomas, Aurélie et Chloé sa fille. Pauline adore Chloé. » Claire du doigt nous désigne une photo récente.
  • On ne voit pas Abdul ?
  • Non, elle l'a rencontré plus tard. Quelle tragédie pour ce pauvre Thomas.
Je me fais la réflexion, qu'elle exagère un peu avec sa « tragédie » mais je fais comme si de rien n'était. Je suis trop bien, la chaleur de sa cuisse contre ma jambe Je me fais certainement des illusions, pourtant, il me semble bien qu'elle se serre de plus en plus contre moi. Je tourne les pages à la recherche de vieilles photos.
  • On ne voit jamais votre premier mari.
Elle semble gênée, regarde Jean avant de me répondre :
  • C'est un fantôme, il est sorti de nos vies, comme ça, pfft ! Ce fut un choc terrible. J'ai jeté les photos.
Comme je la fixe en silence, elle me dit encore une fois que nous ne pouvons pas comprendre.
  • Et pour vos enfants, cela a été dur ?
Elle me fixe de ses beaux yeux. Troublante, très troublante.
  • C'est surtout Pauline qui a souffert. Les deux autres étaient grands. Mais, c'est vrai qu'ils ont tous mal vécu l’arrivée de Jean.
Je regarde l'homme qui semble somnoler.
  • Vous étiez déjà...
Michel paraît confus de sa question, mais Claire balaye ses scrupules :
  • Oui, nous avions une liaison. Notre couple allait mal. Jean nous a beaucoup aidé. Vous n'avez pas à nous juger.
Pour dissiper le malaise qui s'étend subrepticement sur le salon, je reviens à l'album en pointant une photo. Claire sourit :
  • C'est la dernière photo. Avec Aurélie nous avions été mangé au Mac Do, c'était encore le temps du bonheur Puis elle réalise ce que représente ce cliché et elle éclate en sanglots. Comme elle a posé sa tête sur mon épaule, je me dit que ma chemise va être foutue avec tout ce qu'elle trimbale sur le visage. Alors, Jean nous enjoint de partir et nous obtempérons sans faire d'histoires. Je prends la photo du Mac Do, et nous fonçons sur Lyon que nous avons quitté, depuis bien trop longtemps. Dans la voiture, Michel se moque gentiment de moi : « Tu crois que je n'ai pas vu ton manège avec la mère, gros dégueulasse ? Souviens-toi de tes cours de détective : Pas de sentiments avec les témoins d'une affaire. Ah, tu as bonne mine avec tes leçons de morale quand j'ai bousculé un peu le gros. » Je souris : « Nous avons chacun notre rôle mon vieux, toi la force et moi le charme ! »  Alors, c'est en me bourrant de coups que Michel nous ramène à la Croix Rousse.

6 commentaires:

DAN a dit…

Il a beau être détective il en est pas moins homme, et comme dans tout bon duo de policier il y a le gentil et le méchant, classique quoi !

phyll a dit…

-"bien calé contre elle, je ressens sa chaleur et m'en trouve tout troublé".... incorrigible Martin !!! et ce ne serait pas bien de profiter de la situation...ho non... pas bien !!! ,o)

Louis a dit…

Oh les Havrais, mollo ! C'est le printemps quand même ! Et si un peu de sexe peut attirer du monde... Vous êtes bien venus vous !

DAN a dit…

Ben ouais on est venus mon pote et moi, mais pas pour ces raisons la que diable, mais pour ton talent de conteur (j'ai plein de pommade à la maison dont je ne sais plus quoi faire )

phyll a dit…

là, mon pote te passe la brosse à re-louis-re !!!... :o)

frata a dit…

Nouveau lecteur !!!