lundi 20 octobre 2008

7 La péniche.




Boire un coup sur une péniche ? Pourquoi pas ? Michel connaît un nouveau lieu « branché » sur les bords du Rhône, un bateau restaurant qui se transforme tard dans la nuit en bar tout ce qu’il y a de convenable. Et puis, depuis des heures, on se traîne ce boulet de Lucien sans espoir de le voir s’écrouler. C’est dingue comme il encaisse bien l’alcool ce mongolien. Avec lui, pas question de draguer, il repousse les jeunes filles avec régularité. C’est un cas. Mais comme c’est un pote d’enfance de Michel, il est intouchable. Je ne désespère pourtant pas de le finir dans ce petit bar. Il n’y a pas de passerelle, pour rejoindre le pont et je manque de me foutre à l’eau en grimpant sur cette planche trop étroite. Joël malgré une biture méchamment avancée, me rattrape in extremis par le blouson. J’ai eu chaud, mais j’ai quand même eu le temps d’entendre ricaner Lucien. Putain, je vais le buter ce connard. Ca part mal cette affaire.
Une fois accoudé au bar, Cela ne s’arrange pas vraiment, puisque outre un barman blanc et mou comme une endive, qui met une plombe pour remplir nos verres y’a le patron qui reste là face à nous les bras croisés, genre « je vous ai à l’œil mes lascars ». Une pitié. Il se croit où ce monstre ? Michel ne dit rien, il doit connaître ce type. Lui devoir de l’argent peut-être. Alors c’est à moi d’intervenir. Je fixe le gros chauve de mon regard le plus noir :
- Rassure moi, gros, c’est ta tournée ?
Le mec éclate de rire et s’adresse à Michel confirmant ce que je pensais :
- C’est un marrant ton ami. Mais dit lui d’être plus poli, sinon vous dégagez fissa.
Les potes s’empressent de boire leurs verres, devinant un passage écourté dans ce petit bar nautique. Je prends moi même le temps d’écluser ma bière avant d’expliquer ma position :
- Primo, t’es gros, je n’y peux rien, je constate. Secundo, quand je viens prendre un verre avec des amis, ce n'est pas pour contempler ta gueule, faut nous comprendre. Alors soit tu payes ta tournée et tu peux trinquer avec nous, soit tu dégages. Tu m’insupportes.
Là, à voir la gueule du patron, je comprends qu’il me faut vite finir mon verre. Il est tout rouge, pose ses deux paluches d’étrangleur à plat sur le zinc et se met à gueuler :
- Putain, c’est pas un merdeux comme toi qui va venir m’insulter dans mon bar. Tu vas me faire le plaisir de payer cette tournée vite fait, et de dégager de même.
Pour toute réponse, je lui balance mon verre à travers la gueule. Succès garantie. Le gros malgré son poids, bondit par dessus le zinc pour se jeter sur moi. Mais avec les potes nous sommes déjà sur le pont. Le temps que Jo et Michel ne franchissent la passerelle, le mec est face à moi. Avec ses deux battoirs, il va me massacrer, alors ni une ni deux, je balance d’un coup d’épaule, ce con de Lucien à la flotte. Voilà l’animal dans le Rhône, gueulant tout ce qu’il peut. Le patron à un moment d’hésitation, mais comme je l’avais prévu, il ne peut décemment laisser un client se noyer, alors il plonge. Je siffle les potes, et nous voilà de nouveau accoudé au bar face à un barman terrorisé. On enfile sans honte les tournées gratuites. Quand retentissent les sirènes des flics et des pompiers, nous filons dans la nuit en riant. Depuis, y’a un patron de bistrot qui se répand en malédiction dans le milieu des noctambules Lyonnais. M’en fout, tout le monde rigole et je n’ai pas l’intention d’entrer dans la marine pour l’instant.

5 commentaires:

BBK.mel a dit…

Lucien se noie dans le Rhône et Martin dans la bière... Faut-il venir faire une séance de secourisme à Lucien ?

Louis a dit…

A ce con de Lucien ? ça va pas bien, non ? A Martin, sinon rien !!!

Francis a dit…

Une planche pour monter et descendre d'une péniche ? Il doit falloir surveiller son alcotest en permanence ! Originale cette histoire de bar, comme le bar d'ailleurs ;-)

Papa de Lili a dit…

A la "baille" le Lucien, le patron idem: pas étonnant que le Rhône soit pollué si on y noie n'importe quelle saletés!
Martin t'es pas écolo!
Amitiés.

Jef a dit…

Jolie chute...