mardi 13 mai 2008

42. C’est calme ce soir.

L’avantage, avec des potes comme les miens, c’est que vous n’êtes jamais déçu. Vous vous attendez au pire, et bien, ils font…pire. Oui madame. Un exemple : en semaine, peinard, soirée ciné, rendez-vous chez Roger, rien que du classique, pas de lézard, j’ai même des vues sur la jolie petite caissière du cinéma, alors j’entre chez le gros la bouche en cœur. Et là, c’est le carnage, l’apocalypse. Michel, Hervé et Joël qui ont entamé la soirée plus tôt, sont eux-mêmes particulièrement entamés et m’accueillent avec des hurlements de joie qui doivent s’entendre jusqu’à chez vous. Je ne suis pas surpris, mais consterné, parce que je comptais bien sur cette séance cinéma pour faire évoluer ma petite affaire avec la caissière. Vous me connaissez, je ne me laisse pas aller à la mélancolie et réagis immédiatement en remettant ma tournée, ce qui a le don d’enflammer un peu plus les amis. Même Roger me semble bien ébréché lui aussi. Faut dire que sa petite s’est barrée avec un connard du plateau et qu’il l’a plutôt mauvaise. Michel essaye de l’aider avec finesse comme d’habitude : « Une de perdue…une de perdue » Mais c’est Hervé dit « Arobase » qui est le plus gravement atteint, Jo lui, dort carrément, tranquille peinard au coin du bar. J’ai peur que ces monstres ne se mettent à chanter, j’aurais du mal à supporter, je ne suis pas d’humeur. Nous attaquons les tournées, rapidement rejoins par Lucien qui a bu ailleurs et qui n’a aucun mal à se fondre dans l’ambiance. Tout tourne autour du gros et de ses déboires sentimentaux. Il nous gonfle sérieux le patron, je ne l’écoute que d’une oreille discrète, attendant patiemment l’heure de la dernière séance pour aller tenter de rattraper le coup avec ma petite Marylin de banlieue.
- Tiens, toi Martin par exemple, qui a tabassé la moitié de ma clientèle, tu pourrais par amitié, aller corriger ce gougnafier.
- Il a raison, tu pourrais.
Il me faut quelques secondes pour sortir de mon rêve de caissière dansant nue devant mes yeux d’enfant émerveillé et comprendre de quoi il retourne : Roger voudrait que je me tape le sale boulot en allant laver son honneur à la con, et les potes le soutiennent. Y’a de l’abus, je vous jure. Ces salopards ont une ardoise longue comme le bras chez le limonadier, et ils espèrent qu’avec deux trois ramponneaux, je vais mettre les compteurs à zéro.
- On se calme, on réfléchit, on réagit.
Ils me regardent comme si j’étais le messie, et j’ai bien envi de leurs coller quelques mandales bien senties afin qu’ils réintègrent le peloton, parce que là, si vous voulez mon avis, ils sont salement décrochés. Attardés on dit en cyclisme, et cela leur convient parfaitement. Quelques clients entrent et sortent, et je profite de toute cette présence au bar pour bien humilier le gros, je gueule à tue-tête :
- Moi, j’serai cocu comme toi, j’irai le tuer le mec.
Là j’ai été trop loin, je le réalise à peine ma phrase terminée, en voyant le regard plein de sang du patron puis en recevant ses 120 kilos sur le râble. Et c’est reparti pour un nouveau quadrille. Le bar s’enflamme et c’est Noël. Quand tout se calme, on compte nos blessures et Roger me tend un mouchoir en riant. Je pisse le sang, je sens mon pif enfler. Le seul véritable blessé, est Jo, qui est tombé de son tabouret pendant son sommeil en se brisant le coude. "Accident du travail" décrète un Michel rigolard sans faire un geste vers le blessé qui geint. « il geint toujours cézigue, de toutes façons, on dirait un footballeur italien »
Une jeune femme charmante emmène Jo aux urgences et nous reprenons notre conversation au bar.
J’irais au cinéma demain…peut-être !


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3 commentaires:

Profette a dit…

C'est calme, en ce moment... ;-)
Ben vi, que veux-tu que je te dise, avec les beaux jours, on a moins envie d'aller s'enfermer dans un bar, aussi ! Et encore moins au cinéma ! ;-)

Mais tu vois, quand on est fidèle, on finit toujours par revenir au comptoir !!! :-)))

Allez, un Martini-rondelle pour moi, c'est quasiment l'heure de l'apéro ! :-p

BBK.mel a dit…

Je me contenterai d'un verre de Chablis. Louis, tu remets une tournée pour Profette, s'te plait?

Sylvain a dit…

Très marrant. ca faisait longtemps que je cherchais quelqu'un postait des choses bien écrites sur son blog. ca manque...
Allez, je te place en lien dans mon propre bar.