vendredi 22 juin 2007

N°22. Le mariage blanc

Le lundi soir c’est calme dans mon bar préféré, très calme, alors avec mon pote Roger, on reste là à boire et à discuter. Boire surtout, faut être juste. Roger c’est le patron, que peut-il faire d’autre, je vous le demande ? Alors on parle un peu de nos vies, beaucoup des femmes et du foot tout le temps.
Mais ce soir, ça patine, Lyon va mal en championnat, nos amours sont en grève, et nos vies nous semblent des plus moroses.
- Tiens, Roger, remet ta tournée, sinon on va à la déprime, recta !
Roger, on a été à l’école ensemble. Il me doit tout. Je déconne à peine, gamin il était chétif et peureux, et j’étais son garde du corps. Tu penses, le fils du bistrot, là ou il y avait un baby-foot et une babasse, comment que je voulais m’en faire un pote. Et puis il a grossit le Roger, et n’a plus vraiment eut besoin de moi, mais moi, je ne l’ai pas lâché. Un veinard ce Roger !
C’est juste au moment où on allait se pendre, que le couple est arrivé. Le couple ! D’un coup, c’est comme si Roger venait de repeindre son boui-boui. Comme si le soleil venait de se lever. L’homme, bien baraqué portait ses longs cheveux blonds en cascade sur les épaules. Il était évidemment bronzé, avait les yeux clairs et les dents blanches. Un surfer à n’en pas douter. La femme était son équivalent en bien plus jolie. Ils souriaient tous les deux et leur bonjour semblait sincère. Devaient être paumés, je ne voyais pas d'autres explications. Je n’aime pas trop ce genre en général, et mon pote non plus, mais ces deux figures de mode ont fait deux trucs qui nous les ont rendus sympathiques immédiatement:
Primo ils ont grimpé sur les tabourets de bar près de nous, quand tant de couples vont s’asseoir dans l’ombre et secundo, d’un geste ferme, le type a signifié au gros de nous remettre un verre. Alors là on était près à les aider, parce qu’il ne faut pas être trop naïf : Quand des individus sortants d’une revue de mode s’intéressent à nous, c’est qu’ils ont besoin de nous. Alors peinard on a attendu.
Le blond qui s’appelle John, (tu parles !) nous explique qu’ils font parti, sa sœur et lui, d’une espèce de troupe de surf qui va de stations en stations pour des exhibitions payantes. Ils bossent pour un négrier, mais John aimerait monter sa propre structure. Le type qui les exploite est d’accord pour lui prêter l’argent, mais il se montre trop pressant vis à vis de la jeune femme qui lui a fait croire pour le tenir à distance, qu’elle était mariée avec un dangereux truand lyonnais
- Mathilde à besoin d’un mari. Et devant nos mines ahuries, il a ajouté, « pour demain »
Avec Roger, on s’est regardés songeur et le gros a été le plus prompt :
- Combien ?
Le type a eut un sourire.
- Cela vous intéresse ?
- Martin a besoin d’argent
Putain de salopard, j’ai rien demandé moi. Il déconne mon pote.
- 1500 ? il n’y a aucun risque.
- Aucun risque ? vous n’avez qu’à le faire vous, puisque c’est sans danger.
Pendant que mon agent traite les détails, je regarde Mathilde, qui se tourne pour me sourire. J’ai des palpitations et je suis prêt à payer pour l’épouser. Cette femme est une beauté, y’a pas photo. Je n’en ai jamais vu d’aussi parfaite.
. Ils doivent se retrouver demain soir au restaurant.
- C’est un mariage blanc ? Les deux hommes restent interdits à ma question et la fille éclate de rire.
- Ben quoi ? Passer une nuit ensemble créerait une intimité qui ferait plus vraie demain soir.
Le type me regarde méchamment, on ne rigole pas avec sa sœur. Bien essayé quand même. Mathilde a un joli accent et Roger lui demande d’où elle vient. Quand elle lui dit qu’elle est Autrichienne, il dit finement :
- Comme Hitler, alors. Je préfère recadrer le truc :
- 2000, et j’ai pas l’air d’un truand.
- Un peu quand même. On a fait tous les bars de la Croix Rousse, et on n’a pas trouvé mieux.
Dès fois, y’a des mecs qui savent faire plaisir !
Avec mes pompes bicolores et mon pantalon à revers je ressemble à un mafieux des années 50. Mathilde sourit lorsque nous nous retrouvons, et m’offre l’apéritif en attendant les autres. J’ai une putain d’envie de l’embrasser, et cela doit ce voir puisqu’elle dit :
- On devrait s’embrasser, cela se fait dans un couple
Tu m’étonnes que cela se fait ! Je l’embrasse avec gourmandise et si je ne m’évanouis pas c’est parce que John qui vient d’arriver me tape sur l’épaule. Il fait la gueule, mais Mathilde sourit, alors… Puis je découvre le « banquier », encore un qui a dû apprendre la comptabilité sur un ring. Un monstre. On s’installe, on parle de choses et d’autres, mais je suis mal à l’aise. Le type ne me lâche pas des yeux. Pourtant je réponds parfaitement à toutes ses questions. (J’ai révisé mon texte tout l’après midi). Soudain il me touche le bras :
- Allons fumer.
Le ton ne tolère pas de discussion, et une fois devant le restaurant, il m’entraîne dans la petite ruelle sur l’arrière. Je sors mon paquet de cigarettes, quand le monstre me pousse dans les poubelles. Surpris je tombe à la renverse et une montagne de muscle me domine :
- Petit minus, tu t’imagines que quelqu’un peut croire que tu es marié à Mathilde ? Ils t’ont donné combien ? je te donne le double.
- 2000
Et là, sans faire de phrase, il me balance un parpaing en pleine gueule. Ma pommette explose. « 1000 »Quand je vous disais qu’il était boxeur, l’œil.
« 2000 », la mâchoire « 3000 » et le foie le salaud « 4000 » Je dégueule toute ma bile.
- Ne t’avise pas de recroiser ma route, minable ! Avant de partir il me tend la main et vaincu je lui donne l’argent que venait de me remettre Mathilde.
Il me faut une éternité pour rejoindre mon fief. Roger me sert une bière et me passe un mouchoir. Il me regarde sans un mot alors je lui raconte tout.
Nous passons la soirée à boire sans parler.
Sacrée nuit de noce.

2 commentaires:

Marc a dit…

Un vrai plaisir à lire. Rien à dire de plus.

Eloïse a dit…

Le John aurait tout aussi bien pu s'appeler Kevin ! Les Kevin aussi sont des surfeurs à cheveux jaunes et à dents brillantes..!