lundi 11 juin 2007

N°11: La musique adoucit les mœurs ? ? ?

La musique résonne jusqu’au plus profond de mon cerveau. Avec la fumée qui me brûle les yeux et l’alcool qui me retourne les tripes, je suis au paradis. Il est bientôt deux heures du mat, et calé solidement dans l’angle du bar, j’ai une vision à 180° sur la salle, tout en restant près de la pompe à bière. Le rêve de tout pochtron Croix-Roussien. Le patron se glisse vers moi pour me chuchoter un truc à l’oreille, mais il obtient le même résultat qu’un muet parlant à un sourd et devant mon regard empli d’incompréhension, il pointe le doigt sur mon verre vide avec un air interrogatif.
Ce geste est dans l’internationale des buveurs, le plus beau et le plus grand des gestes. Il signifie tout simplement : « tu rebois la même chose ? » Sous entendu : « Je te l’offre », ce qui est, il faut bien en convenir vu la conjoncture actuelle, une sacrée bonne idée. Alors, quand cette idée vient du patron en plus, c’est Byzance ! Je m’empresse d’agiter la tête de façon à lui montrer comment j’adhère à sa brillante initiative. Il rigole et me remplit mon verre sans me quitter des yeux. Et il insiste dans le regard. Il est sympa le gros, mais enfin, même bourré, je ne lui ai jamais trouvé trop de charme, faudrait pas qu’il s’abuse pépère. Surtout que ce soir, allez savoir pourquoi, tout semble me réussir. J’ai déjà décroché un rendez- avec une ravissante petite poulette brune à croquer en première partie de soirée, et voilà que maintenant, il y a une fausse blonde renversante, qui a l’air de bien se faire chier avec son vieux et qui ne cesse de me lancer des œillades de biches. Alors, le patron avec son regard … Sans me vanter, me voilà au top de ma forme. Je vais ralentir un peu la bière si je veux engager la conversation.
Et v’là qu’un type genre malfaisant se pointe à la table de ma petite princesse. Je le connais l’oiseau, c’est un musico du plateau, cheveux longs, queue de cheval et bermuda. Il se fait appeler Jimmy, mais c’est Jean Michel en vérité. Il traîne les bars à la recherche d’une bière ou d’une aventure. Un peu comme moi. Mais il la joue artiste à fond et nous ne visons pas la même clientèle. Entre nous c’est bonjour bonsoir, chacun son territoire et quand il chante, je me casse vite fait bien fait. De le voir ce soir embrasser à pleine bouche, la blonde et son vieux me laisse rêveur. Jamais, depuis le début de notre cohabitation nous n’avons chassé la même proie et je ne suis pas prêt d’admettre la moindre faille à ce contrat moral entre nous. Aussi, quand ce grand dépendeur d’andouille se lève pour aller pisser, je m’empresse de le suivre dans les chiottes au grand dam du patron qui avait véritablement des vues sur moi. Mais où va-t-on ma pauvre dame ? .
Le musicien occupe l’urinoir et en me lavant les mains je peux l’observer dans le miroir.
- Qu’est ce que tu comptes faire avec cette blonde ?
Surpris, il a un geste brusque qui lui fait tacher son pantalon.
- Merde ! T’es con Martin, tu m’as fait peur.
Il se recule pour constater les dégâts et j’éclate de rire. Il me regarde et se met à rire lui aussi.
- On ne touche pas cette fille. Surtout pas toi. Elle est sacrée.
J’ai l’impression de faire un mauvais rêve, il se croit où l’autre pour me donner des ordres ?
- C’est ma sœur.
- Ta sœur cette beauté, tu te fous de moi ? Tu insultes la génétique. Regarde-toi dans une glace.
Il sourit toujours en venant se laver les mains.
- Toujours aussi fin mon pauvre Martin.
Je devais avoir plus bu que ce que j’imaginais puisque je n’ai pas vu partir son poing. Il frappait comme il jouait de la guitare : comme un sourd. J’ai été m’écraser comme une grosse bouse contre le mur opposé. Avant de glisser au sol et de m’évanouir, j’ai entendu Tyson me jeter :
- On ne touche pas ma sœur !
C’est le patron qui m’a réveillé. Putain, ça fait un choc. Je me tenais le menton ce qui l’a trompé.
- Tu ne devrais pas boire comme ça Martin.
En me relevant je l’ai repoussé
- Et comment tu payerais ton 4X4 connard ?
L’établissement était vide et j’étais mélancolique en marchant dans les rues humides de Lyon. J’avais encore perdu un soutien parmi la digne confrérie des tenanciers de bar. A ce rythme, mes nuits risquaient de devenir tristes. J’étais à deux doigts d’éclater en sanglots lorsque j’ai remarqué l’enseigne allumée d’un nouvel établissement qui me sembla ma foi plutôt accueillant.
En m’asseyant au comptoir je remarquai la proximité de la pompe à bière, des toilettes ainsi que de la sortie. Le patron était gros et une petite délurée me fis un sourire.
Je lui ai tourné dos en commandant un café. J’avais ma dose pour ce soir.

2 commentaires:

Carmen Molina a dit…

J'aime bien tes articles, çà me rappelle quand je picolais trop. Mais toi je suis sûre que c'est de l'esbrouffe, tu picoles pas autant que tu le dis.
Madame Irma

Louis a dit…

Range ta boule m'dame Irma,heureusement que je ne bois pas comme Martin, même si j'ai pas mal picolé dans le passé. Des amis avaient un bar sur les pentes de la Croix Rousse, j'y ais passé de longues soirées. Par contre je ne me bats jamais et aucune femme ne cède à mes œillades enflammées.