jeudi 19 février 2009

17. Au musée.


(Mark Rothko Sans titre, 1949)


Cette fois là, on est allé au musée, ma brune et moi. Ouais, parce que j’ai une brune aussi, qu’est-ce que vous croyez ? Alors, très belle journée au demeurant. J’avais préparé un dîner aux petits oignons, avant de partir arpenter bras dessus, bras dessous une chouette exposition dans le beau musée dont je suis le voisin. J’avais programmé un resto branché pour une soirée que je comptais bien finir sous la couette, mais à la fin de notre promenade elle a voulu prendre un thé dans un de ces petits bar branchouille du quartier. Pourquoi pas ? Elle choisit son thé pendant que j’opte pour un demi avant de couver ma future victime d’un regard langoureux. Une beauté, une vraie beauté. Je lis des promesses suaves au fond de ses yeux et je nous imagine déjà au lit. In Petto, je me dis qu’il n’est pas très sage de boire de la bière dans ces circonstances, alors je hèle le barman : « Non, mettez-moi un blanc, plutôt, un blanc » Ce gros moche, au lieu de répondre : « Mais oui, monsieur, pas de souci » se met à m’invectiver comme quoi avec des clients comme moi, le métier n’est plus possible, déjà qu’avec les taxes, les impôts, les charges les contrôles et les 35 heures…
Je vais me lever pour lui claquer le beignet comme il le mérite quand ma compagne me surprend en lui balançant son thé à travers la gueule. Il se baisse comme il l’a vu faire par Georges Bush et la tasse bouillante va exploser derrière lui entraînant une bonne dizaine de bouteille avec elle, dans un fracas étourdissant. Deux pèlerins qui sirotaient tranquillement leur apéro au comptoir sont tout éclaboussés. Le plus gros se retourne vers ma brune : « Ho, ça ne va pas la mal baisées ? » Là pour le coup, voilà une insulte qui me touche personnellement même si elle est un peu prématurée en ce qui me concerne. Sans réfléchir (Ouais, comme dab, je sais !) Je me baisse pour saisir une chaise par son pied avant de m’en servir d’arme. Le gros se mange le dossier en pleine poire. Vous allez rire, mais une chaise en bois et une mâchoire font le même bruit en se brisant. On en apprend tous les jours ! Le deuxième consommateur, moins chanceux se prend l’armature et se met immédiatement à saigner, en hurlant qu’il est aveugle. Y’a une bande de chochottes dans ces bars ! ! ! Ambiance festive. Je prends ma brune par le bras pour aller nous installer au comptoir. Le serveur me jette un œil noir, mais il est bien calmé. Tout le monde d’ailleurs est bien calme. Je repasse ma commande, façon d’asseoir mon emprise une bonne fois pour toute. Le gros hésite entre la bagarre et le commerce, mais avec les taxes, les impôts etc…etc… Il préfère nous resservir. Et puis il a de quoi faire à éponger les dégâts. Je me penche sur nos deux blessés qui se font chouchouter par quelques jolies filles et je fais renouveler leurs consos, manière de négocier une trêve. Nous buvons peinards quand arrive une bande d’habitués rigolards. En découvrant l’ampleur des dégâts ils stoppent net leurs cris et leurs rires. Faut reconnaître que la vue de ces types en sang entourés d’éclats de verre et de bouteilles brisées à de quoi interpeller. Je profite de ce bref instant de flottement pour entraîner ma brune à l’extérieur. Dans quelques secondes, le gros va expliquer la situation, et je préfère être ailleurs. J’ai d’autres projets pour ma soirée… J’avance d’un pas ferme quand ma brune demande : « Tu vas ou là ? » « Ben on va au resto » « Et après ? » Elle est pas fute-fute la brune ! « Pardi, on va chez moi » Elle me regarde comme si j’étais un monstre (oui, oui, je sais) « J’ai eu ma dose de tendresse pour aujourd’hui » et elle me plante là sur la place des terreaux. Furax je grimpe sur les pentes, me réfugier au bar des Sports. Michel est déjà là à siroter son apéro, et je lui raconte tout en attendant mon verre. « Jusqu’où ? »Il a parlé sans lever le nez de sa conso, façon Lino Ventura. « Jusqu’où quoi ? » Notre dialogue prend de la hauteur. Michel me regarde fatigué : « Jusqu’où tu vas aller pour te détruire ? Martin, c’est ça ta vie ? »
Ben merde, j’suis scié. Je ne m’attendais pas à une leçon de morale de la part de mon pote. Ulcéré, je torche mon verre et je me casse.
Bien calé au fond de mon plumard, je sens le sommeil m’envahir. Je vois ma brune me sourire tout en entendant la voix de Michel. Merde, si je fais un rêve érotique, j’espère qu’il n’y aura pas erreur sur la personne. Je m’endors comme une souche, un sourire sur les lèvres. On m’y reprendra moi, à faire dans la culture !

8 commentaires:

Adèle a dit…

Bon, et finalement, cette expo ?


Sinon, pauvre Martin, il a une vie sacrément mouvementées!!!

Louis a dit…

Petite Adèle, l'exposition était (elle est terminée)très bien, même si je suis plus connaisseur en vin qu'en toile.
Quand tu passeras à Lyon, n'oublie pas de t'arrêter. La ville est devenue ces dernières années, une merveille

Jef a dit…

Oui mais, dans culture, il y a "cul"

Louis a dit…

Jef, tu n'as pas honte.Ici, c'est plein de jeunes filles, au est pas sur "Le Monde.fr"!!!

BBK.mel a dit…

Mince, voilà une brune qui a du caractère. Martin n'a plus qu'une seule chose à faire, la relancer. Ce n'est pas le genre de fille qui cédera au premier rendez-vous ! Allez Martin, sort de ton rêve et retrouve ta brune !

Louis a dit…

BB, tu ne connais pas cette brune !!! Tout va mal : ma blonde dans la Creuse, ma brune et son petit caractère... Et ma petite châtain qui me demande pourquoi mes histoires se passent toujours dans des bars!

Papa de Lili a dit…

Ami Martin, qu'on soit citadin où paysan la culture c'est pas de la tarte! Même si parfois on doit en distribuer pour avoir la paix...
Et on est même pas sur de faire une bonne récolte!
Amitiés.

Francis a dit…

Il ne te reste plus que les rousses lol
Pour en revenir à la brune, je la comprends : ça ne se fait pas de balancer la consommation de sa compagne dans un troquet. Ou alors on demande la permission.