samedi 6 septembre 2008

N° 3 Le bar des peintres

A force de tourner dans la ville endormie, nous avons fini par échouer dans un bar paumé tout au fond d’une impasse minuscule. Un truc hors du temps avec un patron givré et génial. L’établissement se trouve bien au dessus de la place des Terreaux dans un coin que je n’avais personnellement jamais exploré. Il n’y a pas de voiture et l’herbe pousse au milieu des pavés. La voie s’agrandie légèrement devant le bar pour laisser pousser un arbre centenaire, plutôt improbable ici. Après le bar, un méchant escalier plonge sur la ville en une descente vertigineuse.
- Dis donc Michel, tu m’avais caché cette petite merveille. On se croirait à l’étranger.
- Ouais, en Belgique, ou dans le Nord. Le patron est d’Amiens, ça explique.
Pour l’heure, une fille drôlement bien roulée dans sa petite robe légère, fume négligemment adossée contre l’arbre qui n’en demandait pas tant. On y va tous d’un sourire ravageur, mais, allez savoir pourquoi, elle reste là à fumer indifférente à notre beauté renversante.
- C’est à pleurer ces pauvres filles qui passent à coté du grand amour sans savoir le reconnaître !
Michel a parlé assez fort pour arracher un sourire à la belle, et c’est bêtement ragaillardis que nous pénétrons dans l’estaminet. Avec ses boiseries et ses poutres apparentes il a vraiment de la gueule ce rade. Tout patiné d’un temps ou fumer était encore un sport olympique. Une autre femme se tient appuyée contre un imposant pilier de bois. Elle est métisse, belle et elle le sait. Son allure est tellement impressionnante que pendant une seconde, je me demande si ce n’est pas une danseuse professionnelle payée par le patron, mais l’état du bar dément radicalement cette hypothèse. Il y a là, la bande de soiffards habituelle et nous n’avons aucunes difficultés à nous fondre dans l’assistance. (Des heures de vol, quand même !)
Marcel, le patron nous sert une tournée d’accueil et je découvre alors que ce cachottier de Michel est un habitué du lieu. La belle métisse vient l’embrasser avec chaleur et je le dévisage longuement.
- Ben quoi ? Qu’est-ce que tu imagines ? Que je ne sors qu’avec toi ?
Je me sens tout de suite bien ici. Michel me présente les habitués parmi lesquels Daniel, un peintre qui a une descente au niveau de son talent. On nous montre quelques toiles, et malgré notre inculture crasse nous sommes sous le charme. Facile : il ne peint que des belles femmes dans de magnifiques bar, la grande classe quoi !
Quelques heures et rafales de bières plus loin, le charme s’estompe un brin quand Thierry, mon beauf qui ne tient pas l’alcool, veut faire quelques retouches sur un tableau.
- L’est trop sombre explique cet amoureux de l’impressionnisme en s’avançant vers la toile armé d’un feutre jaune fluo. « faut de l’ambiance » braille le bougre.
Question ambiance, celle du bar vient de s’alourdir méchamment. Je vois Daniel pâlir, et plonger sa main vers sa poche. Je vais bondir quand Michel, sans même lâcher sa bière, d’un violent coup de poing en pleine tempe assomme Thierry et lui arrache l’oreille.
- Affaire classée, ensuite…
Mon beauf pisse le sang en se tordant de douleur sur le sol. La belle black se précipite pour le soigner, nous on ne bouge pas. Michel rigole :
- Il doit être content, maintenant on dirait Van Gogh ton beauf.
Je m’empresse de remettre une tournée, manière de détendre l’atmosphère.
Le jour se lève quand nous attaquons la longue descente sur les Terreaux, Et il faut soutenir Thierry qui récupère difficilement. Michel le regarde gentiment :
- T’avais raison mon gars, l’était trop sombre son tableau ! ! !

4 commentaires:

Nitram a dit…

Le lendemain, l'arbre a été abattu. D'ailleurs, il n'y a jamais eu d'arbre.

Papa de Lili a dit…

Celle-ci c'est une sombre histoire...
Et c'est le chien qui a bouffé l'oreille?
Amitiés.

rsylvie a dit…

beaujour roger....
et ben moi, j'croyais au premier abord... arriver dans un BAR à peintres !
oups ! m'ai trompée !!
mais j'ai bien aimé le chemin pour y arriver...
et la fin...
m'a beaucoup fait rire !
oups ! le paubre b@fffe...
une oreille ...
on ne risque pas de le rencontrer dans un bar à musiciens !
ha, et puis, avec les histoires à roger....
qui sait ?

Arobase a dit…

le bar des pintes, plutôt !
oups, je vais m'en prendre une...