dimanche 13 juillet 2008

49. Un bel hommage




Nous retrouver tous au bar en pleine journée, cela fait bizarre. Même Roger est du mauvais coté du zinc, c’est pour dire. On arrive de l’enterrement de Pedro et personne n’a le cœur à rire. Pedro, c’était un sacré client, un réfugié chilien qui avait fuit Pinochet et qui buvait comme un vrai révolutionnaire. Un ami de Michel. Je ne vous ai jamais parlé de lui, parce qu’il est malade depuis plus d’un an. On allait le voir de temps en temps à l’hosto, mais c’était chaque fois un déchirement que de voir ce grand gaillard sur son lit de souffrance. La dernière fois ils nous ont foutu dehors à cause du pinard qu’on lui passait en douce. Faut être con tout de même : un mourrant, il risquait pas grand choses.
Nous avons tous nos mines de clowns tristes, et nous jetons sur les pots de blancs qui commencent à tomber en rafales. Les lieux communs s’enchaînent comme toujours dans ces circonstances. L’avait que des qualités le Pedro. Puis au deuxième, troisième verre, y’en a un, Lucien il me semble, qui a sortit le bon vieux souvenir d’une grosse connerie qu’avait fait notre pote. Tout le monde a rigolé et le véritable hommage a démarré. C’était un plaisir de voir chacun évoquer un moment de la vie du mort en riant. Même si Pedro descendait un peu de son piédestal, c’était plus vrai, plus chaleureux et même plus chaud au bout de quelques bouteilles. On gueulait si fort que Marion nous a conseillé d’aller manger.
- Pas chez le Turc, a dit Michel, on a eut des mots.
Qu’à cela ne tienne, la petite troupe à pris la direction de la pizzeria, on allait pas gâcher l’ambiance. En marchant, nous avons finit d’habiller Pedro pour l’éternité :
- C’est vrai qu’il était chiant quand même
- Ouais, il lassait avec sa révolution.
- Il rabâchait un max.
Fallait pas que le restaurant soit plus loin, sinon c’était un con finit que l’on venait d’enterrer.
Malgré l’alcool, j’ai tout de suite vu que ce n’était pas un resto pour nous. Le nombre et l’état dans lequel on était, ne correspondait pas à l’ambiance. D’ailleurs, pendant que les serveurs rassemblaient et dressaient nos tables, les cadres des banques voisines se sont hâtés de terminer leurs repas pour partir en courrant. Roger en grande forme les a bien encouragés :
- Cassez vous les croque-morts, on a eut notre dose.
Partis comme ça, cela ne pouvait que mal finir, et cela n’a pas manqué. C’est partit de l’autre bout de la table, mais c’est anecdotique, l’air était tellement électriques et nous étions tellement sous pression que ça devait claquer de toute façon. On a entendu gueulé de plus en plus fort, et ça s’agitait drôlement, puis il y a eut des cris, Roger s’est dressé et j’ai vu le patron se baisser pour saisir quelque chose derrière son bar. Alors j’ai bondi pour le sécher avant qu’il ne fasse une grosse connerie. Il a été s’écraser contre les frigos et j’ai pris sa place derrière le bar en position dominante. C’était partit, et bien partit. Y’en sortait de partout, c’était plus une pizzeria, mais une maison des jeunes. Alors j’ai plongé mes mains dans les saladiers où le cuistot rangeait ses ingrédients, et j’ai arrosé les adversaires. Les œufs, les câpres, les tomates et les poivrons ont fait reculer la troupe. Les potes ont fait comme moi et bientôt les murs du restaurant ont ressemblé à une « Margarita » géante. Les italiens glissaient sur les anchois et Michel avec la spatule géante du cuistot les assommaient prestement. La victoire fut facile et totale. En franchissant la porte Michel a gueulé un « bande de fascistes » du plus bel effet. Plus tard, comme je lui demandais surpris s’il connaissait ces gens là pour les insulter de la sorte, il me dit dans un sourire :
- Pas du tout, c’était pour rendre un bel hommage à Pedro.
En tout cas, maintenant y’a Roger qui tire la gueule : Il doit faire des kilomètres pour aller bouffer à midi !

4 commentaires:

Francis a dit…

Marrant, belle ambiance dans ce troquet. Alors tu écris des histoires et tu proposes à tes visiteurs d'en écrire aussi ? Aves les mêmes personnages je suppose. Il faudrait bien les avoir en mémoire. Ramarque, il suffit de lire tous les autres épisodes ;-)

Louis a dit…

Non, tu peux imaginer à ta guise. Le seul truc qui doit exister c'est un bistrot. Mon beauf a écrit une très belle nouvelle poétique (Z'invités n°8)sans aucun de mes personnages. Pour me faire chier je suppose !
Allez, lance toi

Jef a dit…

Pas déçu.

Papa de Lili a dit…

Non! moi j'aime les oeufs durs! Martin fait voler ce que tu veux: les anchois, les capres etc... mais pas les oeufs durs!
Amitiés.