dimanche 13 avril 2008

39. Un client de marque.

Le petit, quand il est entré, cela m’a fait un choc, et je me suis dit qu’il me fallait changer de marque de bière, parce que ce genre d’hallucination, merci ! Je ne traîne pas la nuit dans les bars pour me taper sa tronche. On le voit assez à la télé et dans les journaux, faut pas pousser. Mais les deux tas de viande avec lunettes noires et oreillettes qui le suivaient m’ont bien vite ramené sur terre : c’était bien lui.
A la Croix Rousse. Dans mon bar fétiche et assis sur un tabouret à coté de moi. Il y avait de quoi gerber. Le patron ne bougeait plus, comme tétanisé. La bande de fumeurs de joints, planquée au fond, tentait de se fondre dans l’obscurité. Seul Michel qui ne l’avait pas reconnu s’agitait en riant :
- Va payer sa tournée le bourgeois !
Il gueulait un peu, signe d’un début d’ivresse manifeste. Roger le patron les regardait horrifié, sentant planer au dessus de son bar, la bonne grosse fermeture administrative. J’ai plongé mon nez dans mon verre, j’avais déjà assez d’ennuis.
- Remettez une tournée.
Il avait parlé d’une toute petite voix. Et Michel a eut un orgasme.
- Youpi ! Encore un bobo qui paye son verre et je vote à droite.
Le petit n’a pu s’empêcher d’esquisser un sourire.
Le bar a retrouvé un semblant de calme et Roger à monté la musique. Nous avons enfilé les verres comme si de rien n’était. Je pensais que le petit n’allait faire qu’un court passage parmi nous, mais, macache, deux heures plus tard il était encore là, et de plus en plus triste. Roger voulant faire de l’humour lui a tapé sur l’épaule familièrement en lui demandant de nous raconter ses malheurs. Le genre de phrase à ne jamais prononcer dans un bar au milieu de la nuit. Jamais ! ! ! Total, le petit nous a raconté tous les détails de sa vie. Détails que nous connaissions déjà, puisque nous allons régulièrement chez le coiffeur ou chez le dentiste. C’était encore plus chiant qu’à l’habitude. Mais il payait, alors on écoutait. Quand il est arrivé à l’épisode concernant sa femme, il s’est mis à pleurer et Michel qui était fait comme un rat lui est tombé dans les bras. Ils étaient chouettes tous les deux. Alors le petit s’est redressé d’un coup en beuglant qu’il n’avait jamais eut des amis comme nous, et qu’il nous emmenait finir la nuit chez lui. Typique du buveur occasionnel. J’ai voulu rentrer chez moi, Michel se dirigeait déjà vers la porte, quand les deux gorilles ont sifflé la fin de partie. Ils ont voulu prendre le petit sous les bras pour le rentrer sagement, mais ce paquet de nerf s’est débattu et Michel qui n’a jamais voulu laisser un copain dans la merde a foncé dans le tas. Bonjour le carnage. Les gorilles ne s’attendait pas à cette réaction et ils ont été rapidement débordés. La bande du fond est venu se mêler joyeusement au bordel ambiant. On a désarmé les deux monstres et le petit nous a ramené chez lui. On est jamais à une connerie près.
Là, on était attendu. Je n’avais jamais vu un tel déploiement de force. Planqués derrière le petit, on s’est avancé jusqu’au gradé. Puis un civil qui sortait visiblement de son lit nous a pris à part pour nous expliquer tout l’intérêt que l’on aurait à rentrer tranquillement chez nous, cuver et oublier.
Ben, qu’est-ce que vous croyez ? C’est exactement ce que l’on a fait.

1 commentaire:

Alain a dit…

Martin a le chic pour dénicher des reporters de choc et de charme... et se fourrer dans des histoires pas possibles! Et c'est bien raconté en plus!
Amitiés